I SITUATION DE LA MTC EN FRANCE

 

I.1 Introduction

 

Alors que la plupart des pays européens reconnaissent aujourd’hui la Médecine Traditionnelle Chinoise (Allemagne, Angleterre, Belgique, Danemark, Espagne, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Suède, Suisse, …), la France, quant à elle, n’entreprend aucune démarche pour faire reconnaitre la MTC.

Malgré les préconisations de l’OMS et de France Stratégie (institut d’expertise, anciennement Centre d’Analyse Stratégique (CAS) qui conseille le Premier Ministre dans son rôle décisionnaire) de créer un label de Thérapeute en pratique non-conventionnelle, la pratique de cette médecine alternative reste une tolérance pour les non-médecins et l’exercice de cette profession est en attente d’une règlementation claire qui permettait d’homogénéiser la profession et ainsi de répondre à la modernisation de notre système de santé.

En Europe, la France est très en retard face à ses voisins quand on sait qu’en Grande Bretagne la médecine chinoise est reconnue depuis 1984 sous la condition de ne pratiquer ni la pédiatrie ni la cancérologie. En Allemagne, la médecine chinoise est pratiquée par les Heilpraktiker « Praticien Guérisseur », statut établie en 1939, qui permet à des praticiens d’exercer leur discipline après avoir réussi un examen auprès du Ministère de la Santé. Dans les pays scandinaves, elle se pratique sans que cela ne pose de problème aux médecins de bio-médecine …

 

I.2 Exercer la MTC en France

 

Actuellement, l'exercice de la médecine traditionnelle chinoise ne fait l'objet d'aucune réglementation véritable. L'article L4161-1 du code de santé, qui remplace depuis 2000 l'article L372 du même code, réserve normalement l'exercice de tout acte médical au seul médecin, docteur en médecine de la faculté.

Cependant, depuis des décennies, des médecines non-conventionnelles sont enseignées et pratiquées en France et en Europe. La situation de ces médecines repose sur le paradoxe de la loi française qui dissocie le juridique du fiscal et de l’administratif.

En ce qui concerne le juridique, la médecine traditionnelle chinoise en France fait l’objet d’un vide juridique, qui fait que sa pratique est tolérée sans être réglementée. Aucun diplôme de MTC, même chinois, n’a actuellement valeur de "Diplôme d’Etat" dans notre pays.

 

I.3 Ne pas confondre médecine et médecin…

 

La loi française, si elle permet à un individu non médecin d’affirmer qu’il exerce la « médecine chinoise », ne lui permet pas pour autant de se dire médecin, comme le confirme une décision de la Cour de cassation.

Le terme “exercer” est d’ailleurs très restrictif dans un tel cas, car, à moins d’être médecin, celui qui pratique la médecine chinoise se verra condamné pour exercice illégal de la médecine s’il établit des diagnostics ou s’il pratique des actes médicaux, tels que l’acupuncture.

A l’inverse, si ceux qui se prévalent de la « médecine chinoise » ne pratiquent aucun acte de médecine, ils ne sont pas sanctionnés.

En d’autres termes, toute personne peut utiliser le terme « médecine », dès lors qu’il ne pratique pas un acte de médecine. C’est l’exercice illégal de la médecine par des personnes non qualifiées qui est sanctionné, et non pas l’usage de ce terme par des personnes non qualifiées.

 

I.4 Les formations en MTC : 2 cursus

 

I.4.A Docteur en Médecine Chinoise

 

Le 1er cursus est celui du Diplôme d’Etat (DE), que seuls les médecins et les sages-femmes peuvent obtenir pour être habilités à l’exercice de la Médecine Chinoise. Après 9 années d’étude en médecine générale, ou 5 années d’étude de maïeutique (sage-femme), les médecins et sages-femmes peuvent intégrer un Diplôme Inter-Universitaire (DUI) d’acupuncture générale qui s’échelonne sur 3 années, accessible dans les universités de médecine en France. C’est le cursus officiel reconnu par l’état français.

 

I.4.B Praticien en Energétique Chinoise

 

Le 2nd cursus est celui du Praticien en Médecine Chinoise. Cette formation est accessible à tous. Des écoles ou des centres de formation privés proposent des cursus qui se déroulent généralement sur 5 ans, au bout desquels un certificat de formation est décerné au praticien. Ces formations sont souvent basées sur les programmes scolaires des académies chinoises. Malgré tout, ces certificats n’ont pas de valeur officielle en France, la pratique de la MTC reste tolérée.

 

II ETUDE SOCIO-DEMOGRAPHIQUE EN FRANCE

 

II.1 Tranches d’âges

L’âge de la population française est relativement homogène et plutôt jeune avec un léger vieillissement depuis 2007, 75% des français ont moins de 59 ans. A delà de cet âge, la part de la population au-dessus de 60 ans est légèrement plus faible 16%, et seulement 9% des français ont plus de 75 ans.

 

II.2 Catégories socio-professionnelles (plus de 15 ans)

Les métiers les plus exercés en France dans la tranche d’âge de la population la plus active, soit les 25 à 54 ans, sont les employés, les professions intermédiaires, les ouvriers, c’est-à-dire majoritairement les travailleurs techniques ou manuel à 67,2%. Les cadres et professions intellectuelles supérieurs ainsi que les personnes sans activité professionnelle représentent 25,6%. Enfin, les agriculteurs, exploitants, les artisans, commerçants et chef d’entreprise représentent une toute petite partie.

 

III ANALYSE ECONOMIQUE

 

III.1 Taux de chômage et d’activité

 

Nous pouvons constater que la population est relativement active.

 

Cependant le taux de chômage est en augmentation depuis quelques années, ce qui empêche de plus de plus de français à avoir accès aux soins non-conventionnées.

 

III.2 Salaire net horaire moyen et niveau de formation

Malgré un niveau d’étude et de formation de plus en plus élevé, le salaire net médian mesuré en équivalent temps plein (EQTP) par l’Insee se monte à seulement 1.789 € par mois selon les dernières statistiques disponibles de 2016 (contre 1.797 € en 2015), dont 1.639 € pour les femmes et 1.899 € pour les hommes, hors salaire des apprentis et des stagiaires.

Nous pouvons dire que nous sommes en présence d’un revenu de classe moyenne, ce qui peut représenter un frein à l’utilisation des médecines douces, non conventionnée et donc non remboursées par la Sécurité Sociale.

 

III.3 Consommation des ménages

Le budget dédié à la santé représente environ 4% du salaire d’un français. Ce qui nous fait sur un salaire moyen de 1.789 €, un budget de seulement 71,56 € mensuel soit 858,72€ annuel.

Lorsque l’on compare à nos voisins européens, la France se situe dans la moyenne des dépenses pour la santé.

 

III.4 Budget consacré à la santé1

En 2018, un sondage a été réalisé sur la place des médecines douces en France.

Diffusé par le biais d’un formulaire Google ouvert au grand public pendant la période du 1er juillet 2018 au 30 août 2018 et a été relayé par plusieurs médias dont notamment Facebook, LinkedIn, et les sites therapeutesmagazine.com et therapeutes.com.

1247 personnes ont participé à ce sondage dont voici les résultats :

- Top 10 des médecines douces jugées les plus efficaces parmi plus de 200 pratiques : 1. Ostéopathie

2. Homéopathie

3. Acupuncture

4. Aromathérapie

5. Naturopathie

6. Phytothérapie

7. Réflexologie

8. Médecine traditionnelle chinoise

9. Hypnose

10. Sophrologie

 

- Budget consacré aux médecines douces

- Fréquence des consultations de médecines douces par an

- 71,6% des Français consulteraient plus souvent si les soins de médecines douces étaient remboursés par la sécurité sociale

- 51% des Français font autant confiance à leur praticien en médecines douces qu’à leur médecin

- Freins à l’utilisation des médecines douces

 

Selon cette étude, on remarque le manque de communication sur les médecines douces de la part des professionnels de santé qui ne recommandent que très peu de se tourner vers des soins alternatifs. Ainsi, les patients ne savent pas vers qui se tourner, ni quelle pratique pourrait être appropriée pour eux. Par extension, les patients ne sont pas familiarisés avec ses méthodes et ses vocabulaires énergétiques dans lesquels ils sont souvent perdus.

Aussi, les français disent eux-mêmes consulter un praticien de médecine douce entre 3 et 4 fois par an, pour un budget d’environ 50€ par séance. Nous pouvons considérer que cette fréquence de consultation concerne plutôt les pathologies aigües, c’est-à-dire d’apparition et de guérison rapide, comme par exemple des symptômes saisonniers ou des douleurs corporelles ponctuelles.

Malgré notre retard en termes de reconnaissance de la MTC, nous pouvons constater l’engouement fort des français pour les médecines alternatives, puisque nous sommes le 4ème pays derrière la Chine, l’Arabie Saoudite et le Brésil en termes de fréquence de consultations. Avec une reconnaissance adéquate, la MTC aurait un bel avenir devant elle et un fort potentiel de développement.

 

IV PATHOLOGIES COURANTES

Selon ces deux graphiques, on s’aperçoit que la majorité des traitements sont des traitements ponctuels. Les domaines d’activité « digestif », « orthopédie traumatologie » et « ophtalmologie » regroupent à eux seuls 46 % des hospitalisations ponctuelles, suivis d’«uro-néphrologie et génital », « ORL, stomatologie » et « activité inter spécialités, suivi thérapeutique d’affection connues » (selon un rapport AMELI).

Viennent ensuite les « traitements du risque vasculaire » (prévention primaire de traitement antihypertenseurs et hypolipémiant), « psychotrope » (anxiété, dépression, schizophrénie, insomnies) et les « maladies cardioneurovasculaires » (AVC, infarctus du myocarde, hypercholestérolémie, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, maladie thromboembolique veineuse)

La MTC ne peut prendre en charge les urgences médicales, mais peut par contre les prévenir. Au travers du bilan énergétique, le praticien peut repérer les déséquilibres de l’organisme et en réguler les énergies et les flux, en agissant sur les méridiens d’acupuncture et/ou en proposant des compléments alimentaires (pharmacopée chinoise) permettant au corps de s’auto-réguler sans se substituer à ses fonctions. Aussi, elle peut accélérer la récupération en cas d’orthopédie ou de traumatisme. La MTC est également une médecine de choix quant aux troubles émotionnelles et cardioneurovasculaire.

 

V CONCLUSION

 

En France, de par l’absence d’une règlementation véritable, le manque de communication, de recommandation de la part des autres professionnels de santé ainsi que le non-remboursement des soins, la Médecine Chinoise occupe seulement la 8ème position des médecines douces préférés des Français.

Pour pallier à ces obstacles, la mise en place d’une règlementation permettant un remboursement par la Sécurité Sociale pourrait permettre à un plus grand nombre de bénéficier de ces soins. Aussi, cela permettrait de mieux informer et même de mieux aiguiller les patients dans leur parcours de santé en fonction de leurs problématiques et faciliter la compréhension de cette discipline.

Le type de pathologies détermine le nombre de consultation nécessaires (entre 3 et 5 fois pour des pathologies aigues ou 1 fois par mois pour les pathologies chroniques), mais également le budget consacré à la santé. En effet, les français ne souhaitent rarement dépenser plus de 70€ par mois pour leurs frais de santé, tout traitement et consultation confondus. A raison de 50 € la séance en moyenne, le nombre de consultation par an des français dépassent rarement 5 séances par an.

Sachant que les pathologies les plus courantes – digestives, traumatique, maladies cardiovasculaires, psychologiques et respiratoires – nécessitent un suivi régulier, il est impératif pour les praticiens d’être le plus efficace possible, avec un enseignement de qualité et reconnu par l’Etat français.

En Chine, la consultation en médecine chinoise est prise en charge par le système de santé, les patients bénéficient régulièrement de 2 à 3 séances par semaine, ainsi qu’un traitement en pharmacopée chinoise. En France, cela est financièrement impossible pour le patient, il est donc essentiel de combiner les consultations avec des conseils en pharmacopée chinoise pour compléter le soin et arriver à un résultat satisfaisant pour le patient. De cette manière, le traitement sera plus efficace et pourra perdurer dans le temps. Le patient aura besoin de moins de consultations, son budget sera respecté, il sera plus apte à venir consulter et aura moins l’impression de charlatanisme, ô combien répandue dans les médecines dites douces.

A ce jour, la démarche en MTC la plus satisfaisante pour le patient et le praticien est de pratiquer des consultations à hauteur de 50€, entre 3 et 5 séances pour les troubles aigües, ou 1 fois par mois pour les troubles chroniques, puis de complémenter avec de la pharmacopée chinoise pour continuer d’agir entre les séances ou consolider les résultats.

 

Mickael LETT