Le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) est probablement après le Nèi Jīng (Classique interne) le classique le plus réputé de la Médecine Chinoise. En même temps, c’est l’un des textes les plus largement incompris et mal interprété. C’est toujours le cas dans la population des étudiants et des praticiens de Médecine Chinoise dans la francophonie. Certains pensent que cet ouvrage essentiel traite uniquement les pathologies induites par un pervers externe, d’autres qu’ils ne traitent que des syndromes provoqués par le froid, sans parler de ceux qui pensent qu’il décrit la progression pathologique du froid dans six couches « énergétiques» du corps.

Et c’est extrêmement triste car j’ai pu constater trois choses depuis près de 25 ans que je baigne dans le monde de la Médecine Chinoise. D’abord tous les praticiens qui m’ont étonné par leurs résultats cliniques hors norme étaient tous, sans exception, des passionnés du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et du Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or), qu’ils soient chinois ou occidentaux. Ensuite, tous ceux qui sont en recherche constante pour s’améliorer dans leur pratique et qui ont un minimum de référence, reviennent tous à un moment ou un autre à ces deux textes fondamentaux. Enfin, tous les courants actuels qui clament un retour à la Médecine Chinoise «Classique » opposée à la Médecine «Traditionnelle» Chinoise universitaire émanent de l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng, tous, sans exception !

Beaucoup de français critiquent l’enseignement et la pratique de l’approche contemporaine universitaire chinoise. Grâce à la résurgence des textes canoniques comme le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or) et à ces différents courants qui revendiquent une Médecine Chinoise plus « ancestrale », plus « antique », plus « originelle », ils vont pouvoir s’en donner à cœur joie. Et je peux dire aujourd’hui que l’avenir de la Médecine Chinoise passera par ces approches plus « classiques » qui permettront aux plus exigeants d’être nourris au sein des plus anciennes traditions chinoises.

Je voudrais présenter l’une de ces écoles qui prônent une Médecine Chinoise plus authentique, j’ai nommé l’école des prescriptions classiques (Jīng Fāng Pài 经方派). Je suis impliqué dans son étude, sa pratique et son enseignement et je dois dire que mes résultats cliniques ont été bouleversés par cette approche. Je souhaite sincèrement que mes confrères prennent conscience qu’ils peuvent aller bien plus loin dans leur pratique et qu’en changeant certains points de vue, en appliquant une nouvelle méthodologie, ils peuvent transformer leur performance en cabinet pour le plus grand bénéfice de leurs patients. La magie de la Médecine Chinoise existe toujours, j’en suis témoin et je voudrais qu’elle soit diffusée auprès de tous les étudiants et les cliniciens.


UN PRÉAMBULE FONDAMENTAL

Lorsqu’on étudie le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or), on doit garder à l’esprit qu’il est difficile d’avoir des certitudes sur ce qu’a véritablement voulu dire Zhāng Zhòng Jǐng, il y a presque 2000 ans. Il n’existe donc pas une Vérité sur son enseignement mais des interprétations possibles. Cependant, toutes les interprétations ne sont pas aussi efficaces. Finalement, c’est la clinique qui nous permet de savoir si notre compréhension des classiques est juste ou non. Le point de vue que je vais exposer se fonde sur une interprétation qui selon moi est l’une des plus pertinentes pour une pratique efficace en Occident.

DEUX COURANTS MÉDICAUX

Schématiquement, on peut dire qu’il existe deux grands courants médicaux en Chine. Celui qui fut inspiré par le Yì Jīng (Classique des changements) et celui qui est en relation avec ce que l’on nomme les prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方). Le Hàn Shū 汉书 (Le livre des Han) qui fut écrit sous la dynastie Han (206 av. jc. – 220 ap. JC.) et qui retrace l’histoire de cette époque évoque clairement la classification des ouvrages de Médecine Chinoise en deux catégories : ceux de l’école du Yì Jīng (Yì Jīng Pài 易经派) et ceux de l’école des prescriptions classiques (Jīng Fāng Pài 经方派). On retrouve donc historiquement cette différenciation.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le courant du Yì Jīng (Classique des changements) se fonde sur le Yīn Yáng, les cinq mouvements, les organes Zàng Fǔ, sur le concept des canaux et des liaisons (Jīng luò 经络) et le nom des maladies que l’on retrouve dans les principaux ouvrages de cet univers médical. Ce courant est influencé par des concepts taoïstes et confucianistes. Son texte fondateur ou en tout cas le plus représentatif est le Nèi Jīng (Classique interne), bien qu’historiquement nous savons qu’il y a eu d’autres livres majeurs de cette approche qui ont disparus comme le Biǎn Què Nèi Jīng 扁鹊内经, comme le Bái Shì Nèi Jīng 白氏内经, le Wài Jīng 外经…

Le courant des prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方) se fonde sur les huit principes (Bā Gāng 八纲), les 6 systèmes (Liù Jīng 六经) et les syndromes-prescriptions (Fāng Zhèng 方证). Cette école descend directement du Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (La matière médicale de Shen Nong), du Tāng Yè Jīng Fǎ 汤液经法 (La méthode du classique des décoctions) et finalement du Lùn Guǎng Tāng Yè 论广汤液 qui fut renommé Shāng Hán Zá Bìng Lùn 伤寒杂病论 (Traité des lésions du froid et des maladies diverses) et qui finalement fut scinder en deux ouvrages : Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or). C’est Wáng Shū Hé 王叔和 (201-280) qui rebaptisa le Lùn Guǎng Tāng Yè en Shāng Hán Zá Bìng Lùn à cause des trois premiers paragraphes du texte initial. Ce choix fut malheureux car depuis 2000 ans ceux qui survolent ce texte pensent qu’il n’a pour but que traiter les lésions du froid, ce qui est faux, limitatif et source de malentendus.

Ce sont deux systèmes médicaux complétement différents, autant que peut l’être la Médecine Chinoise et la médecine occidentale. Leur philosophie est totalement différente, leur dialectique n’a rien à voir l’une avec l’autre. Ce sont deux matrices de pensée distinctes qui analysent l’être humain, la maladie et la thérapeutique de manière distincte.

Le courant médical du Yì Jīng (Classique des changements) intègre des notions taoïstes, des notions de yǎng shēng (养生), de la diététique, de l’Acupuncture, de la moxibustion, des plantes. Cette dialectique est basée sur le Yīn Yáng, les cinq mouvements, les canaux et les organes Zàng Fǔ alors que le courant des prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方) est essentiellement accès sur l’usage des substances médicinales. Cette méthode est fondée sur les huit principes (Bā Gāng 八纲), les six systèmes (Liù Jīng 六经), les syndromes des prescriptions.

L’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng fut aussi étudiée et l’est toujours dans le cadre des théories du Yì Jīng/Nèi Jīng. C’est d’ailleurs la grande tendance en Chine. C’est intéressant, mais il y a peu de chance pour que ça soit en relation avec les concepts originels transmis par Zhāng Zhòng Jǐng qui s’appuient clairement sur le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (La matière médicale de Shen Nong) et le Tāng Yè Jīng Fǎ 汤液经法 (La méthode du classique des décoctions). Utiliser les théories du Nèi Jīng (Classique interne) pour expliquer et utiliser le Shāng Hán Zá Bìng Lùn 伤寒杂病论 (Traité des lésions du froid et des maladies diverses) n’est probablement pas le moyen le plus efficace pour une application clinique efficace. Car toute théorie aussi belle soit elle doit avoir une pertinence élevée dans la vraie vie, sinon, elle ne reste qu’illusion mentale.



6  SYSTÈMES ET NON PAS 6 MÉRIDIENS !

Comme je le dis plus haut, personne ne peut prétendre de savoir ce qu’a voulu dire Zhāng Zhòng Jǐng il y a 2000 ans. On peut, au mieux, avoir une interprétation plus ou moins pertinente.  Certains experts ont consacré l’ensemble de leur vie à rechercher la signification profonde de chaque phrase, de chaque mot dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or) permettant une utilisation clinique efficace voire prodigieuse de ce concentré de sagesse médicale.

On évoque souvent les « 6 méridiens », c’est-à-dire Liù Jīng 六经 pour parler des « six aspects pathologiques » décrit par Zhāng Zhòng Jǐng. D’abord, il faut savoir que jamais cette expression n’est évoquée dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et le Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or). Elle fait écho à Tài Yáng 太阳, Shào Yáng 少阳, Yáng Yíng 阳明, Shào Yīn 少阴, Tài Yīn 太阴, Jué Yīn 厥阴. Or, rien dans ces textes ne permet de dire qu’ils sont en rapport avec des méridiens. Donc, il est déjà erroné d’associer ces 6 éléments à 6 méridiens. Si on se contente d’avoir une lecture attentive des textes, on peut comprendre que l’on parle de 6 univers physiologiques, de 6 univers pathologiques, de 6 systèmes. Zhāng Zhòng Jǐng parle parfois clairement des méridiens (que je préfère traduire par canaux) dans certaines descriptions de pathologie comme il évoquerait la partie d’un corps (tête, abdomen, membres, méridiens, etc.). Mais rien ne permet de dire que Tài Yáng, Shào Yáng, Yáng Míng, Shào Yīn, Tài Yīn,  Jué Yīn sont des méridiens.

Enfin, il faut comprendre que dans la langue chinoise, tous les idéogrammes ont plusieurs significations, parfois très nombreuses et qu’elles ont changées au cours des siècles. Parfois même, un caractère possède un sens particulier dans une seule œuvre majeure. Dans le Grand dictionnaire Ricci, 经 n’a pas moins de 15 significations distinctes dont Chaîne d’un tissue, Méridien (longitude), Règle constant, Menstruation, Livre canonique, Sûtra (bouddhique), Prière récitée, Passer par (traverser), Faire un tracé (mesurer), Calculer, Gouverner, Pratiquer, Étrangler, Pichet à vin, etc. Et certains experts pensent que dans l’œuvre de Zhāng, Jīng 经, quand on l’associe à Tài Yáng, Shào Yáng, Yáng Míng, Shào Yīn, Tài Yīn, Jué Yīn, décrit des univers physiologiques, associés bien évidement à des pathologiques spécifiques. C’est pourquoi, il est préférable de parler de « 6 systèmes» et non pas 6 méridiens, expression maladroite qui nous oriente vers l’idée que Zhāng Zhòng Jǐng parle de la pathologie de 6 méridiens, ce qui n’est pas le cas. Comme je l’ai souligné dans la 1ère partie de cette chronique, le Shāng Hán Zá Bìng Lùn 伤寒杂病论 (Traité des lésions du froid et des maladies diverses) appartient à un courant médical distinct du Nèi Jīng  


LES 6 SYSTÈMES
= LES 6 LOCALISATIONS DE LA PATHOLOGIE

Dans la méthode que je vous présente, les 6 systèmes (Tài Yáng, Shào Yáng, Yáng Míng, Shào Yīn, Tài Yīn,  Jué Yīn) sont en relation avec la localisation de la maladie. Les 6 niveaux sont six lieux, six zones physiologiques ou pathologiques :

L’externe ou la surface (biǎo 表) est en rapport avec la surface du corps, c’est-à-dire la peau, les muscles, les chaires, les tendons, les articulations, des os et tout ce qui constitue la partie extérieure du corps. C’est la surface. Si un facteur pathogène, quelle que soient sa nature et son origine provoque une réaction dans cette partie du corps, on peut diagnostiquer un syndrome de surface (externe).

L’interne (lǐ 里) est en rapport avec la partie intérieure de l’organisme. Précisément, il s’agit de l’œsophage, de l’estomac, du gros intestin, de l’intestin grêle et tout ce qui constitue le système digestif. Si un facteur pathogène, quelle que soient sa nature et son origine provoque une réaction dans cette partie du corps, on peut diagnostiquer un syndrome interne.

Le mi externe/mi interne (bàn biǎo bàn lǐ 半表半里) est en rapport avec la surface de l’interne, et l’interne de la surface, c’est-à-dire la zone qui existe entre la surface et l’interne, c’est-à-dire les espaces importants dans la poitrine et l’abdomen, y compris aussi la région thoracique latérale. C’est la zone où sont situés tous les organes Zàng et Fǔ c’est-à-dire la partie mi-externe, mi-interne de l’organisme. Si un facteur pathogène, quelle que soient sa nature et son origine provoque une réaction dans cette partie du corps, on peut diagnostiquer un syndrome mi-externe, mi-interne.


Il est à noter que toutes les maladies qui sont « internes » par exemple, ont en commun un certain nombre de symptômes. Il existe une grande variété de combinaisons possibles de ces symptômes, mais dès qu’une pathologie s’exprime dans une de ces 3 zones, elle est obligatoirement teintée de manifestations typiques qui caractérisent chacune de ces 3 parties du corps. En outre, il est tout à fait possible qu’une pathologie implique 2 voire 3 zones simultanément. Soulignons également, que lorsqu’on parle de localisation, il s’agit de la localisation des manifestations de la maladie, de ses réactions dans le corps et non pas le lieu où se trouve la maladie elle-même. Concrètement en cas de grippe de type Tài Yáng on constate que les manifestations s’opèrent en surface, mais on sait très bien que le virus circule en réalité dans le Sang, à l’intérieur du corps. Mais dans la dialectique des prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方), on ne cherche pas à imaginer où elle est d’un point de vue biochimique ou d’où elle vient. Pour parler « plus chinois», si une pathologie est dans l’interne mais provoque une réponse à la surface selon la définition que nous venons de lui donner, alors le diagnostic est un syndrome de surface. Ce qui compte c’est où se manifestent les symptômes. A l’inverse si un facteur pathogène externe s’exprime par des symptômes internes, alors l’attitude correcte est de diagnostiquer un syndrome interne.


SCHÉMA DES 3 LOCALISATIONS


La zone mi-externe, mi-interne est en relation avec de nombreux troubles provenant de différents organes et zones du corps. Elle est spécialement en rapport avec la poitrine, l’abdomen, la région thoracique latérale qui peuvent être liés à divers symptômes induits par le système urinaire, digestif, respiratoire et endocrinien. Le syndrome mi-externe, mi-interne n’est pas en rapport avec des maladies spécifiques ou encore spécialement avec le Foie et la vésicule biliaire. Il est en relation avec un groupe de symptômes qui ensemble forment le syndrome mi-externe, mi-interne. Il peut donc être lié avec n’importe quel organe du corps. Ce qui est capital, ce sont les symptômes, pas l’idée préconçue que nous avons à leur sujet.
 
LES SYNDROMES-PRESCRITIONS - FANG Zhèng 方证

L’analyse des signes et des symptômes à travers les huit principes et les 6 systèmes, nous permet de repérer la localisation du dérèglement (extérieur, intérieur, mi-externe/mi-interne), sa polarité (Yīn, Yáng), sa nature (froid, chaleur) ainsi que sa qualité (vide, plénitude). L’ensemble de ces paramètres nous oriente vers une prescription précise. Chaque formule dans le Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) et dans l’œuvre de Zhāng Zhòng Jǐng plus généralement correspond à un syndrome particulier. 1 formule = 1 syndrome. C’est pourquoi on nomme cette entité Fāng Zhèng 方证 : « syndrome-prescription» ou encore « syndrome de la prescription». Ainsi, on parle du syndrome Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae), du syndrome Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡汤 (Petite décoction de Radix Bupleuri), du syndrome Sì Nì Tāng 四逆汤 (Décoction des quatre inversions), etc. Zhāng Zhòng Jǐng propose 262 prescriptions qui correspondent ainsi à 262 syndromes différents. Ce sont justement ces formules de la dynastie Han qui sont nommées prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方). L’usage exclusif de ces formules tirées de l’enseignement du Shāng Hán Zá Bìng Lùn 伤寒杂病论 (Traité des lésions du froid et des maladies diverses) est ce que l’on nomme «l’école des prescriptions classiques » (Jīng Fāng Pài 经方派).

Dans ce style, connaître le système impliqué dans la pathologie grâce aux 8 principes est essentiel mais pas suffisant. Par exemple, savoir que le déséquilibre d’un patient est une maladie du Tài Yáng est incontournable, mais ensuite, il faut que cela débouche sur l’une des nombreuses prescriptions du Tài Yáng. La reconnaissance de la bonne formule se base essentiellement sur les signes et les symptômes associés aux prescriptions dans le Shāng Hán Zá Bìng Lùn 伤寒杂病论 (Traité des lésions du froid et des maladies diverses).

Prenons un exemple concret. Un patient peut présenter cet ensemble de symptômes : céphalée, fièvre, douleurs musculaires, douleurs articulaires, aversion pour le froid, absence de transpiration, dyspnée. Ils sont associés sans aucune hésitation à une maladie du Tài Yáng et plus précisément à une lésion du froid. La formule qui y correspond le mieux est Má Huáng Tāng 麻黄汤 (Décoction de Herba Ephedrae). Cependant, si en plus il a une forte rigidité et douleur de la nuque et du dos, Gě Gēn Tāng 葛根汤 (Décoction de Radix Puerariae) est mieux adapté. Si, en plus, il y a une dysphorie agitation, Dà Qīng Lóng Tāng 大青龙汤 (Grande décoction du dragon bleu) est mieux adaptée. Ces trois prescriptions appartiennent au Tài Yáng, induisent une sudorification, traitent le même univers mais répondent à des situations pathologiques différentes qui demandent une impulsion thérapeutique différente. Chacune de ces formules est caractérisée par une combinaison de plantes particulières, précises, qui favorisent le traitement d’un groupe de symptômes particuliers qui constituent un syndrome.

La famille Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae) intègre 28 variations, c’est-à-dire 28 syndromes différents (donc avec 28 groupes de signes et symptômes différents) et 18 syndromes de transmutations, c’est-à-dire de changement de nature et de lieu. Par exemple, une maladie du Tài Yáng se transmute en maladie du Yáng Míng. Ces 28 syndromes présentent des variations de Guì Zhī Tāng 桂枝汤. Parfois les ingrédients sont identiques et uniquement la posologie d’une ou plusieurs substances médicinales change. Même cette modification fait de la prescription un traitement adapté pour une autre situation pathologique que celle de Guì Zhī Tāng 桂枝汤. Chaque variation, même lorsqu’il s’agit simplement de la posologie, implique le changement du nom de la prescription. Par exemple, quand Zhāng Zhòng Jǐng fait passer la posologie de Guì Zhī de Guì Zhī Tāng 桂枝汤 de 9g à 15g la formule devient Guì Zhī Jiā Guì Tāng 桂枝加桂汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae plus Ramulus Cinnamomi) pour pouvoir traiter plus efficacement le « Qì qui surgit en haut» (Qì shàng chōng 气上冲), qui n’est rien d’autre qu’une forme d’inversion de Qì lorsqu’un syndrome Tài Yáng n’a pas été correctement éliminée à la surface du corps. Cette inversion du Qì peut se traduire par céphalée, étourdissement, vertiges, acouphènes, transpiration à la tête, éructations, toux…


Dans cette méthode la cause de la maladie comme par exemple, vent humidité externe, chaleur interne par consommation excessive d’alcool, vide du Sang du Foie par utilisation excessive des écrans, excès de stress, troubles émotionnels, etc., n’est pas importante ! Ce qui est important est le lieu, la polarité, la nature, la qualité de la pathologie dans le moment présent, au moment de la consultation. Ce qui est fondamental ce n’est pas la cause mais comment chez un individu donné son corps réagit vis-à-vis d’un facteur pathogène. Pour le même facteur pathogène, chaque personne va développer sa propre réaction face à ce pervers selon son âge, son sexe, la force de son Qì, ses maladies passées, selon sa constitution, etc. Cela va donner des manifestations différentes. C’est ce qui fait que sous le même niveau de stress, certaines personnes ne vont pas déclarer de pathologie, d’autres vont présenter une migraine, d’autres une colopathie fonctionnelle, d’autres de l’asthme, d’autres une dépression mentale, etc. Avec la Médecine Chinoise classique, on ne va pas essayer de traiter le stress, ni la maladie, mais les manifestations spécifiques de l’individu soumis au stress.


Je répète, ce qui est essentiel, ce n’est pas le facteur pathogène à l’origine de la maladie mais comment l’organisme d’une personne s’y est adapté. Bien évidemment, ce sont les symptômes et les signes qui vont nous permettre de savoir comment le corps s’est ajusté à la situation pathologique et quelle est la prescription qui y correspond. Ce concept est très important pour saisir la grande différence qui existe entre le monde médical des prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方) et celle du Nèi Jīng (Classique interne) ou encore celui de la « MTC ». Zhāng Zhòng Jǐng met un éclairage sur le syndrome-prescription, éventuellement sur le mécanisme physiopathologique mais pas sur l’étiologie.

Par exemple, Guì Zhī Tāng 桂枝汤 (Décoction de Ramulus Cinnamomi Cassiae) est considéré selon l’enseignement universitaire contemporain comme un remède qui traite une maladie causée par le vent froid (rhume, grippe, maladies respiratoires…). Ce n’est pas l’éclairage de « l’école des prescriptions classiques » (Jīng Fāng Pài 经方派). En fait, Guì Zhī Tāng peut traiter certes des attaques de vent froid mais aussi une transpiration excessive, spontanée ou nocturne sans attaque de la surface par le froid ! Guì Zhī Tāng quel que soit le pervers qui est impliqué à l’origine peut traiter n’importe quelle maladie caractérisée par un type particulier de transpiration sans forcément que le trouble provienne d’un « vent froid ». Si un patient présente une maladie cutanée chronique, qui date de nombreuses années, qui s’accompagne de sensations de chaleur générale, d’une transpiration spontanée ou fréquente voire nocturne et d’une crainte des courants d’air, avec éventuellement parfois une congestion nasale et une céphalée, cette dermatose sera traitée par Guì Zhī Tāng. Pourtant il n’y a pas de vent froid, ce n’est pas aigu ni récent.

L’application des formules classiques ne sont pas basées sur les maladies ou sur les causes mais sur les signes et les symptômes qui constituent des « syndromes-prescriptions». Cela signifie qu’une formule du Shāng Hán Lùn (Traité des lésions du froid) ou du Jīn Guì Yào Luè (Précis du coffre d’or) peut traiter un grand nombre de maladies très différentes et qu’une maladie donnée peut être traitée par différentes prescriptions. La méthode thérapeutique de Zhāng Zhòng Jǐng ne cherche pas à soigner des maladies mais des syndromes caractérisés par un ensemble de signes et de symptômes que l’on regroupe en 6 catégories, c’est-à-dire les 6 systèmes. Dit autrement, la méthode thérapeutique n’est pas basée sur l’indentification de maladies ou de causes mais sur le diagnostic de mécanismes pathologiques à travers un groupe de signes et de symptômes, qui peuvent être à l’origine de différentes maladies.

CONCLUSION

La méthode des prescriptions classiques (Jīng Fāng 经方) est d’une redoutable efficacité. Elle a permis aux praticiens formés à cette approche de soigner avec rapidité des personnes atteintes par la COVID-19 lors de la pandémie de 2019/2020. C’est un système qui facilite le diagnostic et la sélection des traitements. En fait, c’est une méthodologie qui vise à récolter l’information auprès des patients, d’analyser ces manifestations pathologiques, de poser un diagnostic cohérent et de sélectionner le traitement juste et adapté. Toux ceux qui découvrent cette approche sont profondément transformés dans leur manière de soigner et voient leur niveau d’efficacité augmenter très nettement. Mon vœu est qu’elle puisse éclairer le maximum de mes confrères dans la francophonie.

Sources

经方医学:六经八纲读懂伤寒论. 胡希恕、 冯世纶
伤寒论通俗讲话. 胡希恕.
冯世纶经方医论. 冯世纶
Pouls, Diagnostic et Pharmacopée chinoise : https://sionneau.com/boutique/medecine-chinoise/formations-presentielles/